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AGORA CYBER: MARC WATIN-AUGOUARD

15/09/2020

AGORA CYBER: MARC WATIN-AUGOUARD

Interview du Général d'Armée Marc WATIN-AUGOUARD, Président et Fondateur de l'INCRT (Institut National de Cybersécurité et de Résilience des Territoires). 

Septembre 2020 I Paris

 

Le GA (2S) WATIN-AUGOUARD explique les raisons l'ayant amené à créer l'INCRT et les enjeux et défis en terme de Cybersécurité pour les territoires. 

 

Mon Général, vous êtes une des figures majeures de la cybersécurité en France. Vous avez créé le FIC, supervisez la cession Souveraineté numérique et Cybersécurité de l’IHEDN, dirigez le CREOGN, donnez régulièrement des conférences sur la cybercriminalité…. Qu’est-ce qui pousse un homme de votre expérience à créer et présider un Institut consacré à la cybersécurité et la résilience des Territoires ? 

Une conviction qui a été à l’origine de la création du FIC. L’apparente universalité d’internet que l’on dit sans frontière est une illusion d’optique. Elle fait oublier l’importance des territoires dans la transformation numérique. Les exemples de la Silicon Valley ou de la Bretagne soulignent l’influence des écosystèmes sur le développement numérique. Si l’on peut être solidaires pour favoriser l’essor d’un territoire, on peut l’être aussi pour y créer un réseau de solidarité, une « trame de résilience ». Le maillage du territoire repose notamment sur des institutions très déconcentrées – je pense à la gendarmerie nationale, aux réseaux bancaires, aux fournisseurs de fluides, etc. – mais aussi et surtout sur les collectivités territoriales qui, avec leurs domaines de compétences respectifs, sont des acteurs incontournables de la transformation numérique. 
Sur un territoire, il importe de créer le « réseau des réseaux ». Nul ne peut revendiquer la mission, mais l’Institut me semble apporter une contribution originale permettant de favoriser la création de réseaux territoriaux, d’espaces d’échange, de conseil et de dialogue.
L’Institut répond, selon moi, à un besoin qui s’exprimera sans doute encore davantage dans les années à venir, tant l’hyperconnexion de la société, de nos activités, de nos territoires va impacter nos modes de vie.    

 

Quels sont les objectifs qu’un homme de votre expérience assigne à ce nouvel outil au service des territoires, quelles sont les valeurs que vous voulez y voir appliquées ?

L’objectif principal est de créer un réseau humain solidaire. La solidarité ne saurait se limiter à des pétitions de principe, un discours où le verbe n’est pas suivi d’action. Il faut donc offrir une capacité de conseil, de mise en relation des acteurs, de formation ou d’information. Il importe aussi de favoriser l’activité économique en valorisant les entreprises « pépites » qui se développent dans les territoires, en leur donnant une visibilité au travers de manifestations (colloques, salons, etc.)  La liste des tâches à accomplir est plus longue encore, car chacun imagine la multiplicité des composantes de la cyber résilience. L’INCRT doit être une force de proposition et d’action pour accompagner les territoires dans leur transformation numérique.
Le mot « valeur » me paraît essentiel, car on oublie trop souvent que les systèmes sont au service de l’humain. L’Institut doit promouvoir la confiance, la loyauté, la responsabilité, la solidarité, valeurs sans lesquelles l’espace numérique risque d’être un espace d’asservissement.   

 

Selon vous, qu’est ce qui explique le retard pris par les territoires et leurs composantes dans la prise conscience de la cybercriminalité et la mise en place de mesure et d’outils de Cybersécurité ?

Contrairement aux menaces qui se manifestent dans le monde physique, les cyber menaces sont peu visibles, parfois invisibles. Il est plus difficile de sensibiliser des décideurs qui n’ont pas toujours une acculturation au numérique à la hauteur des enjeux. Face aux cyberattaques, la tentation est grande de se replier sur soi-même, comme si on avait honte. Depuis peu, les esprits s’adaptent au nouvel environnement. Si la cybersécurité devient une ambition partagée, encore faut-il un catalyseur pour fédérer les initiatives, rapprocher les attentes, susciter les synergies. Je crois que les partenariats public-privé ont du sens, à l’heure où les clivages n’ont plus de raison de persister. Depuis la création du FIC en 2007, je constate que les régions se mobilisent, certaines comme la Bretagne étant des fers de lance.  

 

Vous, qui avez été un des premiers gendarmes de France, quel lien voyez-vous entre le travail quotidien de la Gendarmerie et de l’ANSSI et les travaux de l’INCRT ? 

La crise de la Covid a souligné combien il était nécessaire d’interconnecter les acteurs publics et privés, étatiques et décentralisés et d’avoir une approche globale. En matière de cybersécurité il en est de même. Chacun a un rôle à jouer, ce qui exclut toute confusion. Mais tous nous savons que la réussite de notre « mission » est tributaire des autres. L’INCRT peut aider la gendarmerie à « Répondre présent », pour mieux agir en prévention ou auprès de victimes souvent désemparées. C’est ce qui justifie qu’un partenariat soit établi. Nous avons beaucoup de raisons d’échanger. 

 

Quel message voudriez-vous faire passer aux élus et aux administrateurs des agglomérations moyenne, les communautés de communes, les communes rurales qui sont face à ces défis ?

L’union fait la force ! Chacun est responsable de tous, tous nous sommes responsables de chacun. Cette affirmation peut sembler surprenante, mais on comprendra dans la décennie qui s’ouvre combien cela a du sens. Être solidaires et non solitaires, c’est la première réponse à l’insécurité dans l’espace numérique.


Je crois à la puissance des réseaux. Metcalfe, un des pionniers d’internet, a énoncé une loi empirique : la valeur d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de membres qui le composent. Si je suis seul, je vaux 1, si nous sommes deux, nous valons 4, trois 9, quatre 16, etc. Tout nouvel arrivant fait croître le réseau dans des proportions incomparables avec ce qu’il apporte in personam. C’est à mon avis un argument pour convaincre ceux qui nous lisent ou nous écoutent. Plus nous serons nombreux, plus notre force s’imposera. 


S’agissant des communes rurales, auxquelles je suis particulièrement attaché, je suis certain de leur avenir si elles conjuguent tradition et modernité, si elles savent entrer dans le monde numérique en sauvegardant l’esprit des terroirs et en épousant le siècle. Le rééquilibrage au sein des territoires est un enjeu essentiel. Le numérique nous permet aujourd’hui de leur redonner un élan, une dynamique. Seules, elles ne peuvent pas garantir la cybersécurité de leur essor. Dans la cadre de l’intercommunalité et avec en complément le soutien de notre Institut, elles peuvent trouver les voies du succès. 

AGORA CYBER: PROFESSEUR JEAN PEETERS